Soufflant 120 bougies cette année, les Filets Bleus à Concarneau (29) sont un symbole pour les festivals de musiques bretonnes et celtiques. Cependant, des difficultés ont poussé le comité organisateur à adhérer à l’association « Les Plus Belles Fêtes de France ». La labellisation récente est en réalité un piège tendu par la galaxie ultraconservatrice du milliardaire Pierre-Édouard Stérin
Yonatan – Médiateur culturel, ancien étudiant en histoire
120 ans d’existence
Il arrive qu’il soit décrit comme le plus ancien festival en Bretagne (mais pas la plus vieille fête). Peut-être est-il le deuxième plus vieux en France (derrière Les Chorégies d’Orange, créé en 1869). En tout cas, les Filets Bleus fête ses 120 ans cette année. Il aura lieu aux alentours du 15 août. Créé en 1905 à Concarneau dans le Finistère, il résulte d’une volonté du maire de la ville et gérant de conserverie, Louis-Marie-Samuel Billette de Villeroche, de créer une « fête solidaire envers les marins et leur famille », comme le précise François-Yves Hillion dans son mémoire sur les festivals bretons. L’année dernière, il avait attiré 8.000 personnes par jour. Mettant en avant les cultures de la péninsule, il ouvre également son répertoire à d’autres musiques du monde (celtiques par exemple) et françaises. Du 13 au 17 août 2025 sont prévus Les Sonerien Du, Soldat Louis, O’Tridal, Boulevard des Airs, Ampouailh, Magic System, des bagadoù, des cercles celtiques, des expositions… Le festival est classé « grand rassemblement » cette année avec un budget de 800.000 euros. Cependant, en 2023 et 2024, le co-président et la co-présidente étaient plutôt pessimistes et pointaient le manque de subventions des collectivités territoriales, souhaitant une meilleure reconnaissance et faisant réagir la mairie LR de Concarneau.
Labellisée « plus belle fête de France »… par des ultraconservateurs
Créée en 2024, l’association Les Plus Belles Fêtes de France compte 100 fêtes adhérentes, dont 60 ont été labellisées. Toutes ses derniers mois. 10 sont en Bretagne historique (incluant 7 labellisées). La péninsule est réputée pour son nombre important de festivals, avec une audience festivalière élevée (allant jusqu’à potentiellement 2 millions environ).
Parmi les 7 fêtes « chanceuses », on trouve deux festivals : Les Filets Bleus à Concarneau (29) et Les Celtiques de Guérande (44). La co-présidente des Filets s’est émue face à cette annonce. Les Celtiques s’affichent fières de cette labellisation et incitent les autres festivals bretons à faire de même. À cela s’ajoutent 5 évènements aux univers variés (médiéval à St-Renan, frégate à Arzon…). Pointant les difficultés post-Covid du secteur, l’association propose des prestations et réductions à ses adhérentes.
L »Humanité pointe qu’elle leur « promet monts et merveilles ». Dans un article repris par les sites de L’Hermine Rouge et de la section PCF du Pays Bigouden, territoire également situé dans le Sud Finistère.
Les labellisations ont donc été accordées par un Comité de pseudo experts de la Galaxie Stérin (Nuits du Bien Commun, journaliste du média Neo etc.) à 60 fêtes cette année. L’association avait ses locaux à la même adresse que le Fonds du Bien Commun créés pae Stérin jusqu’en avril 2025. Cette labellisation apporte, en plus des avantages d’adhésion un soutien financier, un panneau avec le logo à l’entrée de la ville (non-fourni) et la participation à l’émission Les Plus Belles Fêtes de France en 2026, dont on ne sait rien.

La Bretagne et les musiques bretonnes / celtiques instrumentalisées
12 sur 60, soit 15% des fêtes labellisées ont lieu en Bretagne et / ou sont liées aux cultures bretonnes voire celtiques. On y trouve le festival d’extrême-droite loir-et-chérien Salera, un mini Puy-du-Fou, donc pseudo-historique. Il a instrumentalisé la musique de Plantec cette année par exemple. Le trésorier de l’association est Romain de Lacoste-Lareymondie. Issu d’une famille charentaise-maritime connue pour son adhésion au RN, il a été Directeur de Cabinet du Président du Puy du Fou. Avec son entreprise parisienne Commines, il a créé un guide touristique pour le Morbihan. Un condensé pseudohistorique aux relents racistes. Et visiblement, l’association, qui propose un service historique et scientifique avec des universitaires, a la même approche : prétexter une mise en avant des terroirs pour imposer une sorte d’homogénéité culturelle, en préservant une identité dominante perçue comme traditionnelle et enracinée. Une politique culturelle qui a fait polémique avec d’autres acteurs de la galaxie Stérin récemment. En conformité avec un contrat mensonger et exigeant, les logos d’adhésion et du label sont bien visibles sur les pages d’accueil des sites internet des deux festivals bretons. Mais aussi sur le flyer de la programmation des Filets, où le logo de l’association est le seul présent. D’autant plus qu’il y aura des panneaux avec logo à l’entrée des villes.
Le projet Périclès, qui vise à permettre à Stérin de « faire main basse » sur des fêtes dites traditionnelles et à faire gagner des villes aux extrême droite est en embuscade. Les récentes tensions pré-municipales entre deux associations politiques de droite concarnoises liées au maire actuel et à l’ancien maire posent question.
Le président du département du Finistère, Maël De Calan (Soyons Libres), qui soutient déjà l’une d’entre elles, est soupçonné d’être proche de Pierre-Édouard Stérin ou d’être un potentiel allié pour son projet. Un président dont le mandat est marqué par des coupures budgétaires dans le secteur culturel. Des coupures qui font penser au Conseil Régional des Pays de la Loire, où des subventions culturelles sont supprimées pour la langue bretonne notamment. Alors même que La Nuit du Bien Commun est soutenue par la présidente Horizons.
Conclusion
Les Filets Bleus et Les Celtiques de Guérande sont les deux seuls festivals bretons labellisés parmi les « plus belles fêtes de France ». La presse locale a présenté cette nouvelle comme une bonne chose pour des évènements culturels. Cependant, derrière les promesses du label se cache un projet fasciste de mise au pas du secteur culturel. Les fêtes bretonnes concernées et la presse locale savent-elles ce qui se trame réellement ?Une menace pèse contre l’écosystème culturel breton, au travers de cette association de façade, exigeante, et qui n’affiche pas de statuts. Va-t-on vers un modèle style Puy-du-Fou ?
Sources : Du fait de leur caractère fasciste, je ne souhaitai pas mettre en lien les sites internet de l’association Les Plus Belles Fêtes de France, de l’entreprise Commines et les comptes Linkedin de Romain de Lacoste etc. Ceux-ci sont facilement accessibles sur internet.
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