L’avenir pour nos jeunes : travailler plus, gagner moins avec plus d’insécurité

En 2023, 33 jeunes de moins de 25 ans sont décédés sur leur lieu de travail, selon les données du ministère du Travail.
En 20 ans, plus de 21 000 salariés sont morts au travail, et 13,5 millions d’autres ont été blessés selon les données compilées par l’Humanité.
Les fichiers de la Mutualité sociale agricole, non comptabilisé dans ces chiffres, font état d’au moins 3 125 agriculteurs morts depuis 2006. Les statistiques montrent qu’au cours des vingt dernières années, le nombre de morts au travail s’est maintenu à un niveau élevé (environ un millier de décès par an en moyenne)
L’été 2025 un jeune originaire de Saint-Lô (Manche) est décédé le 19 juin après la chute d’une palette de marchandises d’un magasin Gifi. « Un élève ne devrait pas mourir en stage. La justice déterminera les éventuelles responsabilités », avait alors déclaré le Sgen-CFDT Normandie. Le syndicat a également indiqué s’interroger « sur la mise en place précipitée de ces stages en Seconde générale, et sur le sens pédagogique dans le parcours de formation de l’élève », rapporte le quotidien local Ouest-France
Le vendredi 4 juillet suivant, la mort d’un jeune de 16 ans dans une exploitation agricole de Vivy, au nord de Saumur (Maine-et-Loire). Tué après avoir été percuté par le godet d’un engin. Une enquête a été ouverte par le parquet de Saumur pour tenter de déterminer les circonstances et les responsabilités de cet accident mortel. Au micro de France Inter, le 20 juin, la secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, avait proposé « que les stages de seconde n’aient plus lieu ». La CGT de l’Éducation nationale s’est aussi opposée à ces stages.
Presque dix jours après, le mardi 15 juillet, vers 9 h 30, à Sainte-Flaive-des-Loups (Vendée), un jeune homme de 19 ans est mort après avoir été enseveli sous du goudron brûlant, rapporte Ici Loire Océan (ex France Bleu).
Une enquête a été ouverte sous la direction du parquet de La Roche-sur-Yon, « pour déterminer les circonstances de l’accident ». L’Inspection du travail a également été saisie de l’affaire, tandis qu’une pénurie chronique d’inspecteurs s’est installée en France dans le monde du travail.
Axel avait 16 ans. Le 17 juin 2025, le lycéen est sorti de chez lui pour se rendre à sa première journée de stage dans un magasin Gifi de Saint-Lô (Manche) et n’en est pas revenu. Il a trouvé la mort, la tête écrasée violemment contre un trottoir, après avoir vacillé sous le poids de marchandises tombées d’une palette.
Près de six mois plus tard, alors que l’enquête pour homicide involontaire dans le cadre du travail se poursuit afin de « déterminer les circonstances exactes, vérifier le respect de la législation du travail et de la sécurité des travailleurs », le père du lycéen, Arnaud Darthenay, a lancé, début novembre, une pétition exigeant l’arrêt des stages obligatoires de seconde, selon des informations de France 3 Normandie.
« On ne peut pas mettre des vies en danger comme ça. Les enfants ne doivent pas mourir pendant un stage », a témoigné le père de famille auprès du journal régional, s’insurgeant contre l’instauration en 2024 de ces deux semaines d’observation en entreprise imposées pendant la période du bac, à une date où les choix d’orientation sont déjà largement actés.
Absence d’encadrement
Les griefs mis en avant auprès de France 3 Normandie par Arnaud Darthenay, qui souhaite lancer un débat national afin de prévenir d’autres tragédies, sont partagés par nombre de parents d’élèves et de syndicats de l’Education nationale. À l’unisson, ils dénoncent pêle-mêle l’absence de vertu pédagogique de ces deux semaines obligatoires, prétexte pour occuper les lycéens désœuvrés pendant le tunnel du baccalauréat, les inégalités face à la recherche de ces stages qui favorisent majoritairement les élèves dont les familles sont dotées d’un réseau, mais surtout l’absence d’encadrement pour prévenir les risques professionnels pour de jeunes stagiaires particulièrement vulnérables et souvent « lâchés en pleine nature ».
Et ça continue en 2026, âgé de seulement 15 ans, un adolescent est mort en stage en entreprise, vendredi 17 avril. Présent sur un chantier situé à Bagnols-sur-Cèze, au nord-est du Gard, le garçon a été percuté par un véhicule tôt dans la matinée. Une nouvelle démonstration de la dangerosité de ces stages prônés par le camp macroniste.
Pourquoi de plus en plus de jeunes meurent-ils au travail ?

La députée PCF Elsa Faucillon (1re circonscription des Hauts-de-Seine) travaille à une proposition de loi visant à protéger les jeunes en apprentissage, aujourd’hui massivement accidentés.
C’est lié au fait que les jeunes se retrouvent en entreprise de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps, la faute à une multiplication de dérogations et d’assouplissements législatifs depuis le début des années 2000. Rien que depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, deux facteurs ont joué : le déploiement des stages en seconde, mais aussi le renforcement de l’apprentissage.
Comme les moins de 25 ans ont 2,5 fois plus de risques d’être accidentés que les autres, plus on favorise leur présence dans l’entreprise et plus cela augmente le nombre d’accidents. Les morts de jeunes ne peuvent pas être considérées comme des faits divers isolés : elles interrogent notre capacité à garantir que la formation professionnelle, l’apprentissage et les stages se déroulent dans des conditions conformes à l’exigence de protection attachée à l’enfance.
Justement, que nous disent ces drames du système économique et éducatif dans lequel nous vivons ?
Au XIXe siècle, c’est l’école qui a sorti les enfants des usines. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est elle qui fournit les gamins aux entreprises ! Avec un capitalisme de plus en plus agressif, qui ne sait plus quoi faire pour accroître les marges des entreprises, les jeunes sont de plus en plus réduits à de la main-d’œuvre corvéable.
Je débattais l’autre jour avec un responsable du Medef, qui demandait à aller davantage dans les lycées pour valoriser l’entrepreneuriat. Je considère, au contraire, que les patrons n’ont pas à mettre les pieds dans l’école. La mission de l’école n’est pas de développer l’employabilité des gamins, c’est de former de futurs citoyens, même s’il va de soi que les capacités acquises peuvent aider les travailleurs dans leur vie active.
Mais je le redis : les enfants n’ont rien à faire dans l’entreprise. Nous devons repenser le cadre pour inverser ce mouvement.
Vous voulez déposer une proposition de loi (PPL) dans ce but. Que contient-elle ?
D’abord, elle revient sur le décret d’avril 2015, en conditionnant l’accès des travailleurs de moins de 18 ans aux travaux réglementés (c’est-à-dire considérés comme dangereux mais autorisés, NDLR) à une décision préalable de l’inspection du travail.
Au passage, il s’agit d’interdire que les travaux en hauteur puissent bénéficier d’une telle dérogation. Ensuite, la PPL accroît les obligations de transparence pesant sur les entreprises, en les obligeant à publier leur taux de sinistralité au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles dans le registre national des entreprises.
Par ailleurs, un article du texte vise à permettre aux mineurs en situation professionnelle de mieux connaître leurs droits en matière de droit du travail et de santé.
Enfin, ce texte prévoit une nouvelle sanction à l’égard des entreprises récidivistes en matière de manquement avéré à la santé ou à la sécurité des salariés, en leur interdisant de candidater à des appels d’offres de marchés publics.