Situation de la filière halieutique en France et en Europe

Projet revue « Progressistes »

 

 

La filière halieutique est un sujet complexe et systémique.

Les océans sont aujourd’hui le théâtre de bien des convoitises, la pêche, l’aquaculture et les activités inhérentes à la filière ne sont qu’un élément de ce large éventail.

En conséquence, compte tenu des enjeux, la thématique de la Mer devient centrale dans notre pays.

En témoigne d’une part, l’organisation par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) d’une consultation nationale, « La Mer en Débat », de novembre 2023 à avril 2024, sur la future planification maritime, l’avenir de la mer, du littoral, de la biodiversité marine et de l’éolien en mer.

D’autre part, le lancement de l’Année de la Mer, annoncée par le Président de la République aux Assises de l’économie de la mer en novembre 2023 à Nantes. Elle se déroulera de l’été 2024 à septembre 2025 sur tout le territoire français de métropole et d’outre-mer. L’objectif est de sensibiliser le grand public et les décideurs aux enjeux des océans.

La France dispose du deuxième espace maritime mondial, onze millions de Km2 de zone économique exclusive, dont 97% se trouve en Outre-mer. Pour quoi faire ? avec quels moyens ? pour quelle stratégie ? Elle est dans le peloton de tête des économies maritimes, assez loin devant ses rivaux de toujours que sont, l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal.

Le pilier de cette économie est Le Cluster Maritime Français, structure associative créée en 2006. Elle rassemble tous les acteurs de l’écosystème maritime, de l’industrie aux services et activités maritimes de toute nature. Elle regroupe près de 500 entités : entreprises, pôles de compétitivité, fédérations, associations, laboratoires, centres de recherche, écoles et organismes de formation, collectivités locales, Marine nationale. La structure permet aux pouvoirs publics d’avoir un seul interlocuteur.

L’économie maritime française est composée de 5 secteurs traditionnels (le transport, la pêche, l’industrie et la construction navale, les télécommunications/câbles sous-marins et les ressources énergétiques) et de 5 secteurs émergents (les ressources minérales, le tourisme, les biotechnologies, les énergies marines renouvelables et l’aquaculture).

Ces secteurs s’appuient sur les deux atouts maître de notre pays : sa zone économique exclusive et les entreprises maritimes leaders mondiaux dans leur domaine.

Entre 2016 et 2023, l’emploi maritime direct est passé de 289 000 à près de 400 000. La valeur de production flirte avec les 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires contre 71 en 2016.

Hormis l’industrie du luxe, l’économie maritime est l’un des rares secteurs exportateurs largement excédentaires de notre balance commerciale.

La construction navale, le transport et les énergies renouvelables sont les secteurs phares de notre économie maritime, à l’inverse des ports, pourtant stratégiques, et de la pêche, toujours en souffrance.

La construction navale.

Le secteur de l’industrie navale civile notamment la construction de bateaux complexes, véritable concentrés de nouvelles technologies, demeure une spécialité européenne (les Chantiers de l’Atlantique à St Nazaire).

Le secteur de la construction navale militaire se porte bien aussi (Naval Group), très lié à la conjoncture internationale, il bénéficie d’un fort réarmement mondial.

En matière de construction, la plaisance est aussi un exemple. Le groupe vendéen Bénéteau est leader mondial avec plus de 8000 salariés et un chiffre d’affaires en hausse de 23%. Le secteur du nautisme en France pèse 6,2 milliards d’euros pour 42 000 emplois.

Le transport maritime et sa logistique (le shipping).

Le commerce mondial transite à 90% par les voies maritimes.

La société marseillaise CMA CGM a dégagé un bénéfice net de 23,8 milliards d’euros en 2022 pour un chiffre d’affaires de 75 milliards d’euros. Pour améliorer leur attractivité, les armateurs font valoir les normes environnementales, la sécurité des navires et les droits sociaux des travailleurs.

Le secteur du transport maritime et de la logistique pèse 35 milliards d’euros et 83 000 emplois directs.

L’essor des énergies renouvelables.

Les océans constituent un réservoir inépuisable de vents, de courants, de vagues, de marées, de biomasse ou encore d’énergie thermique.

Le premier parc éolien en mer au large de St Nazaire a été mis en service à la fin de l’année 2022. Trois autres parcs posés et trois fermes pilotes d’éolien flottant sont en construction.

 

Les ports.

Les ports sont un maillon faible de la France maritime. Plus de la moitié des marchandises destinées au marché français débarquent dans des ports étrangers. De tous temps notre pays les a envisagés plus comme des infrastructures que comme des passages accessibles et efficaces vers la desserte internationale, du coup la chaîne logistique a trop longtemps été délaissée. En 2022, les ports représentaient un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros pour 40 000 emplois.

La pêche française dans la tourmente.

42 000 marins français en l’an 2000. 13 000 en 2021. La France métropolitaine est au 4ème rang européen derrière l’Espagne, le Royaume Uni et le Danemark dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture. La pêche française ne représente plus que 11% du volume de la pêche européenne et 0,65% du volume mondial. Nous importons 75% des produits de la mer que nous consommons.

La mondialisation et les surpêches illégales de nombreux pays ne sont pas étrangères à cette dégringolade.

A ces problèmes structurels s’ajoutent ceux plus conjoncturels du Brexit et de la flambée des prix du gasoil. La Commission européenne et le gouvernement français ont été contraints de prolonger l’aide carburant d’un montant de 20 centimes d’euros par litre de gasoil jusqu’en juin 2024, aide prolongée jusqu’en décembre avec un supplément de 13 centimes mais totalement supprimée depuis le 1er janvier 2025. Mais ensuite, qu’adviendra-t-il ?

Finalement, la route de l’économie maritime, envisagée selon le modèle capitaliste, est dégagée, malgré les écueils de la pêche et des ports.

Reprenons la main sur la filière halieutique.

Le réchauffement et le dérèglement climatique nous obligent, la transition est nécessaire. Les activités humaines sont toutes percutées par ces phénomènes, la filière halieutique aussi.

L’état de la biodiversité est scruté par la Plateforme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (IPBES) créé en 2012.

Ses experts confirment dans leur dernier rapport que 75% des écosystèmes terrestres et 40% des milieux marins sont fortement dégradés.

La biodiversité décline progressivement. Ce déclin est signalé par les scientifiques depuis plus de cinquante ans, il est causé par les activités humaines (surpopulation, pollutions, urbanisation, surexploitation des ressources …) et par le bouleversement climatique que nos gaz à effet de serre accélèrent.

 Pas de fatalité. Un choix politique

 

 

Pas de fatalité à la crise de la pêche, c’est le résultat d’une politique nationale donc européennes bien pesée.

Le réchauffement climatique, les pollutions terrestres, les pollutions de l’eau de nos rivières impactent grandement l’ensemble des écosystèmes et pèsent sur la crise mais s’y ajoutent les effets dévastateurs de la pêche industrielle principalement la pêche minotière. Notre avenir alimentaire et celui de la filière halieutique, sont en jeu dans les combats qui se jouent à terre.

De puissantes multinationales de la pêche mettent la main sur la plupart des quotas en investissant dans d’immenses chalutiers automatisés, en rachetant ou en fusionnant avec d’autres entreprises de pêche moins performantes.

Ces mastodontes des mers se livrent à un véritable pillage des océans en toute légalité grâce aux quotas que leurs attribue L’UE et les victimes en sont les pêcheurs artisans. Ainsi, entre 2013 et 2019 la flotte européenne a perdu 5505 navires tout en conservant le même niveau de captures de poissons.

Chaque année la Commission européenne fixe un total admissible de captures (TAC) pour chaque espèce en se basant sur les recommandations des scientifiques. Ensuite ce TAC est réparti entre les Etats membres avant d’être à nouveau divisé au sein de chaque Etat selon des règles nationales.

La réunion au niveau européen pour décider de la répartition de ces quotas se déroule à huis clos pendant le mois de décembre et lors de cette étape s’effectue un gros travail de lobbying de la part des multinationales pour récupérer un maximum de quotas au détriment de la pêche artisanale.

Certains quotas sont achetés par ces mégas sociétés, de nature capitalistique, au même titre qu’une action boursière. Parlevliet-Van der Plas et Cornelis Vrolijk, sociétés néerlandaises, possèdent ainsi des quotas en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France. Parlevliet-Van der Plas a ainsi racheté les sociétés Euronor et la Compagnie des Pêches de St Malo, Cornelis Vrolijk possède la société France Pélagique à qui appartient le Scrombus, le tout en captant au passage les fameux quotas.

Ces deux sociétés néerlandaises font partie des plus puissantes et des plus influentes en Europe, leur ascension est le fruit d’un contexte politique très favorable à l’essor de la pêche industrielle.

L’UE tient un double discours, d’un côté elle prône une pêche responsable, durable et de l’autre elle favorise le développement de ces mégas sociétés.

Le Parti Communiste Français condamne ces petits arrangements au niveau européen. Ces tractations opaques induisent des choix politiques assumés qui ont un impact conséquent sur nos pêcheries locales et nos territoires : diminution de la ressource, réduction de la puissance de pêche par la destruction de navires, règlementation inappropriée, diminution des apports sous criée, fermeture d’entreprises, mareyage, mécanique, construction navale… La filière est donc en crise et ce n’est pas nouveau.

Comment peut-on en arriver là ? Est-ce à dire qu’un maillon manque à la chaîne de réflexion, de décision au sein des métiers de la mer pour peser aussi peu ?

Pourtant les marins disposent de deux instances reconnues pour les représenter, le CNMPEM et les Organisations de Producteurs dont Pêcheurs de Bretagne. Les responsables de l’une sont élus par leurs pairs avec un taux de participation faible des marins et ceux de l’autre simplement désignés par les adhérents-cotisants.

Ces instances sont légitimes pour réfléchir, anticiper et prendre les décisions qui s’imposent afin d’éviter les situations de blocage.

Certes le rôle des Comités est de représenter les intérêts de la profession, d’encadrer les pêcheries, de participer à l’élaboration des réglementations françaises et européennes, mais il leur appartient aussi de proposer un projet, une vision d’avenir pour les pêcheries et ce en toute indépendance. En tout état de cause le taux de participation à ces élections est insuffisant, un travail d’information, de sensibilisation en amont sur les enjeux sous-jacents inhérents à la filière est indispensable.

La remarque vaut aussi pour les Organisations de Producteurs dont le rôle est l’organisation de l’activité de la pêche artisanale (fileyeurs, ligneurs, côtière, hauturière) sur le plan économique, notamment la répartition des quotas tout comme le fait de garantir un prix minimum de marché.

Cependant aujourd’hui, ces instances sont devenues les courroies de transmission des directives décidées en amont au niveau de la Commission européennes, du Parlement européen et du ministère français, sans concertation ni dialogue avec la base.

De ce fait, une véritable crise morale touche le milieu maritime, une impression d’impuissance face aux contraintes et obligations, avec de surcroît le sentiment d’avoir perdu la maîtrise de leur professionnalité.

Et pourtant le savoir-faire des pêcheurs artisans fait qu’ils sont les mieux à même de connaître les écosystèmes, d’utiliser des méthodes de pêche raisonnées à faible impact et de privilégier les poissons destinés à la consommation humaine plutôt qu’à des usages industriels.

Il devient vital pour les professionnels de la filière de se réapproprier collectivement leur destin au sein d’instances locales, régionales et nationales démocratiquement élues.

Ceux-ci ne peuvent se satisfaire d’aller de PAI (plan d’accompagnement individuel) en PAI. Après celui concernant les bateaux, a suivi un plan, très attendu, de soutien aux entreprises de mareyage qui manquent d’apports depuis déjà plusieurs semaines (en Bretagne le mareyage représente une centaine d’entreprises et 1900 emplois). C’est tout l’équilibre social, économique, culturel du territoire qui est en jeu.

En France on assiste à un dilemme notoire avec d’un côté la pêche industrielle et de l’autre la protection de la pêche artisanale associée à la protection des océans.

 

Le gouvernement français nie l’existence de navires usines en zone protégée et pourtant les mégas chalutiers européens et français comme le Scombrus (sur le hareng et le maquereau principalement), le Prins Bernhard pêchent librement au large de Calais dans la zone Natura 2000 du banc des Flandres, du Cap Gris Nez et dans le parc marin de la Côte d’Opale toutes les semaines toute l’année. En dix minutes ces navires peuvent pêcher 100 tonnes de harengs, représentant pour un artisan une activité pendant 15 ans.

Ces mégas chalutiers, armés par les multinationales de la pêche, auraient pu être exclus de la bande côtière mais le 18 janvier 2024 les eurodéputés français de droite et de Renaissance ont rejeté un amendement qui demandait l’interdiction aux navires de plus de 25 m de pêcher dans les eaux de l’Union jusqu’à 12 000 marins des côtes. C’est le cas du chef de file LR aux élections européennes Fr Xavier Belami et de l’eurodéputé Renaissance P Karleskind président de la Commission Pêche du Parlement européen jusqu’en juin 2024.

Ces deux députés et une majorité de leurs collègues du même bord ont rejeté un autre amendement favorable à l’élimination du chalutage dans les aires marines protégées (AMP).

La doctrine du gouvernement français est donc de laisser des multinationales de la pêche accumuler du capital en pêchant massivement dans ces zones au détriment des pêcheurs artisans et de la bonne gestion de la ressource.

En définitive, ce qui manque à l’ensemble de la filière c’est une vision politique et stratégique de la pêche, une vision ambitieuse, pourvoyeuse d’emplois qualifiés, au niveau européen et français conforme aux besoins des populations.

Pour cela il faut changer les règles et tendre vers plus de démocratie et de transparence.

C’est le projet Communiste.