– Notre Sécurité Sociale –
Fondée en 1945, sur les bases du programme du Conseil National de la Résistance, la Sécurité Sociale s’est substituée aux premières formes très incomplètes de protection sociale arrachées au patronat par les luttes ouvrières du début du XXe siècle. Elle est un droit fondamental pour tous les citoyens, conçue à l’origine pour demeurer sous leur contrôle. Elle a été créée par le ministre du Travail Ambroise Croizat (ouvrier métallurgiste à 13 ans, puis député communiste du Front Populaire). Elle est alors financée par des cotisations sociales (salaire socialisé) indépendantes du budget de l’Etat. Elle a pour but de protéger tous les individus contre les aléas de la vie réunis dans un seul ensemble cohérent : Maladie – Famille – Vieillesse (donc Retraite).
Une émission du 21 novembre 2024
Ambroise Croizat, le père de la Sécurité Sociale | France Inter
– Les attaques successives
Un secteur entier qui échappait au monde de la finance c’était insupportable pour le capitalisme.
Ambroise Croizat déclarait en 1945 : « Ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux parce que le patronat ne désarme jamais »
1967 – Les ordonnances : on met fin au paritarisme en donnant la majorité de fait au patronat, on éclate la Caisse Nationale de Sécurité Sociale en branches pour casser la solidarité
1983 – Le forfait hospitalier
1987 – Un million de manifestants à Paris
1990 – La CSG de Michel Rocard (une brèche dans le système de cotisation remplacée en partie par l’impôt) –> hélas repris aujourd’hui par les sociaux-démocrates.
1993 – loi Balladur : allongement de la durée de cotisation pour les retraites
1995 – Le plan Juppé : on fait entrer la Sécu dans le domaine des politiques publiques, donc on lui enlève son indépendance
2003 – Le plan Fillon – nouvelle grande mobilisation pour les retraites
2009 – La loi Bachelot
2015 – Loi Touraine
2017 – PLFSS de Macron : Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2018. Encore une attaque frontale.
Puis la réforme des retraites imposée par Macron contre l’avis de la population et des organisations syndicales.
– La Santé n’est pas une marchandise
La Santé n’est pas une marchandise, mais un bien commun. Seulement, en régime capitaliste tout ce qui peut être source de profit est la cible du monde de l’argent.
- les exonérations de cotisations patronales doivent cesser
- les multinationales du médicament enrichissent honteusement leurs actionnaires sur le dos de la Sécu. Il faut construire un pôle public du médicament (contrôle des prix et politique de recherche)
- les cliniques privées se développent en ne s’occupant que du secteur « rentable » et en engraissant des actionnaires au détriment de la Sécu. Même fuite en avant vers les laboratoires d’analyse privés et lucratifs.
- les mutuelles, qui d’ailleurs n’auraient pas lieu d’exister si la Sécu était restée une protection totale, perdent de plus en plus leur caractère de « mutuelle », se lancent même dans le secteur juteux de certaines « complémentaires », et parfois sont actionnaires de cliniques privées !
Le « trou de la Sécu » est un mythe pour manipuler l’opinion et faire accepter les reculs (qualifiés de « réformes »). En réalité la Sécu est pillée et son équilibre pourrait être rétabli.
On ne raisonne plus en termes de solidarité, de bien public, mais en termes comptables. On en voit le résultat : notre système de santé qui était un des meilleurs se dégrade constamment et la situation devient critique. Idem pour le système de retraite. tout cela parce que depuis ces dernières décennies nos dirigeants de la grande coalition (socialistes et droite) aussi bien au niveau national qu’européen se sont mis au service des grandes puissances financières (qui de fait conduisent la politique par leur intermédiaire).
Défendre la Sécu n’est plus suffisant, il faut la restaurer, la rétablir dans son état initial. Cela toujours été un rapport de forces. Il nous est en ce moment défavorable, raison de plus pour bouger, pour nous redresser, pour nous rassembler…
Sécu : une destruction méthodique du capital.
Notre santé un enjeu fondamental face à Macron !
Si le mouvement ouvrier et le peuple ne se bouge pas plus que ça, la SECU C’EST FINI… et reviendra alors ce que Croizat appelait “la terrible angoisse du lendemain et la vieille obsession de la misère” Par Michel Etievent
ll est à craindre que les français ne soient pas conscients de ce qu’ils sont en train de perdre avec les attaques violentes contre la sécurité sociale.
Ce formidable projet de société, imposé par le peuple français à la libération et qui, selon Ambroise Croizat, le bâtisseur, devait « mettre fin à l’obsession de la misère et aux incertitudes du lendemain” est aujourd’hui en passe de s’effondrer sous les coups de boutoir du gouvernement contre ce qui fait son fondement solidaire : la cotisation sociale.
Au fil des ans qui nous séparent de sa création, un continuum acharné de mesures de dégradation et de plans de casse successifs n’a cessé de mettre à mal une institution devenue pierre angulaire de notre identité sociale. Dès sa conception en effet, droite, patrons, médecins libéraux, lobbyings privés de tous ordres, ont peu à peu sapé les principes fondateurs de l’institution.
A ces oppositions, un moment tues par le rapport de force de l’époque, s’est ajoutée une avalanche de réformes passant par les ordonnances gaulliennes de 1967 qui ont fait basculer sa gestion dans les mains du patronat, les plans Barre de 1980 libérant les honoraires, les mesures Fabius ouvrant aux complémentaires santé la gestion de la protection sociale, l’impôt CSG de Rocard l’étatisant progressivement.
Viendront ensuite les mesures Georgina Dufoix imposant forfait hospitalier et déremboursements successifs, les lois Veil Balladur de 1993 à 1995 allongeant la durée de cotisation à 40 ans et accélérant la fermeture des hôpitaux de proximité, les plans Chirac Raffarin attentant aux retraites, les lois Jospin de 2001 imposant les règles assurantielles et les normes européennes aux mutuelles. Sans oublier les lois Douste Blazy de 2004 qui videront les conseils d’administration de leurs pouvoirs en chapeautant la sécurité sociale par la création de l’Uncam (Union national des caisses d’assurances maladies) directement nommée par l’état.
N’oublions pas enfin l’instauration de la T2A (tarification à l’activité) en 2005, les lois Bachelot de 2009 confiant la gestion de la protection sociale aux « préfets sanitaires » des agences régionales de santé. En imposant l’obligation de mutualité d’entreprise, l’ANI 2013 (accord national interprofessionnel) accélèrera un peu plus la voie de la privatisation.
Si la destruction affichée de la cotisation sociale par le gouvernement Macron, n’est pas récente, elle est aujourd’hui ouvertement frontale et délibérée. Le rêve du patronat devenu une arme de gouvernement néo libéral. Il importe de rappeler la quadruple peine qu’elle impose aux bénéficiaires.
Elle est tout d’abord une amputation directe du salaire dont la cotisation est partie intégrante.
C’est un « salaire socialisé » fondé sur les richesses créées dans l’entreprise. La seule création de richesse qui va directement du cotisant vers le bien être des gens afin de faire face aux aléas de la vie sans passer par la poche des actionnaires. Si le salaire net c’est pour le quotidien du mois, le salaire brut c’est pour la vie. La seconde peine réside dans la destination même de cette « économie » patronale.
Elle n’ira ni vers l’emploi, ni l’investissement mais servira comme le gouvernement l’annonce à « restaurer » ou à augmenter les marges patronales et à gonfler les poches des actionnaires. (80% des profits patronaux terminent leur course dans la poche des actionnaires). A cette atteinte aux salaires, s’ajoute la troisième peine : la hausse de la CSG qui alourdit la feuille d‘impôt et plus gravement encore fiscalise et étatise un peu plus encore la sécurité sociale.
Depuis 1995 la part de la fiscalisation dans le financement de la sécu est passé de 4, 9 à 28 % tandis que la part de la cotisation sociale tombe de 86,8 à 67,3 %.
Imagine-t-on ce que pourrait devenir une sécurité sociale entièrement abandonnée aux mains de l’état?
Une seule loi ou ordonnance à l’image de ce qu’a vécu l’Espagne pourrait engendrer coupes sombres ou pire privatisation immédiate.
La quatrième peine est encore plus lourde. Par la fin du grand principe de solidarité, la mort de la cotisation sociale n’est rien d‘autre que la mort de la sécu.
Une coquille vide prête à être livrée au privé, aux assurances santé inégalitaires et coûteuses. La fin du droit de vivre dignement…
Michel ETIEVENT
La pétition : Ambroise Croizat mérite d’entrer au Panthéon
https://www.humanite.fr/ambroise-croizat-au-pantheon
– Quelques documents
- Histoire de la Sécu par l’IHS-CGT conférence de Jean Magnidas en 2003
- Un regard historique sur sur la Sécu conférence par Patrick Bourgeois en 2015
- Interview de Michel Etievent sur l’histoire de la Sécu, les conditions de sa création
- La Sécu : un oublié « volontaire » Ambroise Croizat
- Ambroise Croisat le batisseur de la Sécurité sociale, article
- Un numéro de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT Bretagne
- Que sont les mutuelles devenues, par le professeur de médecine André Grimaldi
- Choisir la Sécu comme complémentaire ?, par André Grimaldi
- La Sécurité Sociale en danger, un article de janvier 2017 par le PCF de la 7e circonscription du Finistère
- Une fiche sur l’histoire de l’organisation de la Sécu par Sud Education
- Les grandes dates de l’histoire de la Sécu
- Un extrait d’un diaporama de 2010 sur la Sécu et la Retraite
- Le discours d’Ismaël Dupont sur Ambroise Croizat et la Sécu, le 25 février 2017 au Guilvinec
- La position très ambigüe de Mélenchon et de sa LFI sur le financement de la Sécu et la CSG
- Un 4 pages sur la Sécu réalisé par un collectif Rennais en Novembre 2017
- Le déficit de la Sécurité Sociale, un mensonge d’État, par Henry Sterdyniak, économiste, octobre 2019
Le film de Gilles Perret « La Sociale » résume toute l’histoire de notre Sécurité Sociale et en kontre les enjeux Passionnant et édifiant, à ne pas manquer. On le trouve en rediffusion, voici la bande annonce.
Le film La Sociale

